Une petite balade en Bourgogne, ça vous tente ? 

Il faut bien le reconnaître, ce mois d'octobre a été glorieux. L'été s'y est consumé avec flamboyance, jetant mille feux sur des journées joliment moirées, tièdes et agréables. Le soleil a musardé plus qu'à l'accoutumée se complaisant dans le bleu d'un ciel qu'aucun nuage ne venait déranger donnant à ce début d'automne ses lettres de noblesse. 

Vous ne  pouviez le savoir mais petite-fille et arrière petite-fille de vigneron médocain, la vigne est inscrite dans mon ADN et les paysages de vignobles convoquent des images d'enfance et de liberté, de cousins et de jeux en toute insouciance. Je ne connaissais pas la Bourgogne et l'automne me semblait une bien jolie saison pour en suivre le fil d'or dans le département du même nom entre feuilles de vigne déclinées en jaunes, ocres, roux, carmins et toits de tuiles vernissées aux teintes chaudes et aux motifs savants. 

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Clochers à losanges, pointes ou chevrons, parures d'écailles, chaque village  le long de la route des grands vins qui déroule son ruban sinueux de Dijon au sud de Beaune est propice à de jolies découvertes. Les noms chantent, évocateurs et gourmands, avec la rondeur en bouche d'une robe rubis . Gevrey-Chambertin,  Chambolle-Musigny, Vosne Romanée, Nuits- Saint- Georges, Aloxe-Corton, Pommard, Volnay, Meursault.......

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 Au dessus du Clos de Vougeot, le ciel prend des teintes dramatiques, farouches presque et la vigne à ses pieds se fait mer ondulante et rousse. Lorsque j'étais enfant,  mon père lors de l'un de ses déplacements professionels m'avait envoyé une carte représentant des vendangeurs au Clos de Vougeot avec le château en arrière-plan. Carte chérie, que je contemplais fréquemment et que je dois encore avoir quelque part bien rangée dans une boite ou un carton avec d'autres souvenirs d'enfance.  Depuis lors, ce domaine symbolisait pour moi à lui tout seul la Bourgogne et j'attendais sa visite avec impatience.

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En poursuivant la route, les rangées de ceps dessinent le paysage, tirent des lignes parfois courbes, le plus souvent droites, épousent la forme du terrain qu'elles colonisent et c'est un véritable patchwork de rectangles mordorés qui se dévoile aussi loin que l'on puisse voir.

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 Le point d'orgue de toute balade en Bourgogne est incontestablement Beaune et ses hospices. J'ai adoré la visite de cet hôpital pour indigents bâti et financé au 11ème siècle par le chancelier des ducs de Bourgogne Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins. Une merveille architecturale pour une oeuvre de bienfaisance qui a perduré au cours des siècles suivants. Les toitures étincelaient joyeusement sous le soleil et laissaient présager d'une jolie matinée.

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 Après Beaune, tournant le dos aux vignobles, le fil d'or s'est déroulé un peu plus au nord, le long du canal de Bourgogne puis du Nivernais pour aller cueillir le soleil au couchant sur la colline éternelle de Vézelay et y trouver l'apaisement du soir naissant.

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 Au matin, promenade calme et bucolique le long de la rivière dans la vallée du Cousin proche d'Avallon avant de reprendre la route. Puis au moment de rentrer, décider de faire un détour par Saint Sauveur en Puisaye dans l'Yonne ( très inspirée par la visite que La ligne 13 en avait fait cet été )  pour aller visiter la maison natale de l'écrivain Colette.

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On ne vient pas à Saint Sauveur par hasard. Cette petite agglomération, loin de tout, se mérite. Au temps de Colette, sa mère, Sido, se rendait une fois par trimestre à Auxerre la grande ville la plus proche en voiture à cheval pour en rapporter des provisions. Elle partait à deux heures du matin et mettait huit heures pour la ral. Epoque héroïque !  Aujourd'hui, il faut une heure en voiture. Lorsqu'elle partait chaque trimestre pour Auxerre à 2 heures du matin, dans la victoria.........dans une grande épicerie, durant qu'on emballait le pain de sucre drapé de biais de papier indigo, les cinq kilos de chocolat, la vanille, la canelle, la noix de muscade, le rhum pour les grogs, le poivre noir et le savon blanc."

On dit " la maison de Colette ". A cette dénomination on devrait préférer " la maison de Sido ". Sido, la formidable mère de Colette, femme hors du commun, humaniste, anti-conformiste, probablement féministe, ayant un bon siècle d'avance sur son temps. Elle est partout présente dans la maison, tout comme la maison est véritablement un personnage à part entière de l'oeuvre de Colette qui y a puisé ses forces et ses racines.

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Belle demeure aux volets gris qui s'ouvre sur " le jardin de devant", la maison vit à l'arrière, tournée à l'intérieur sur " le jardin du haut et le jardin du bas "   Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochette d'orphelinat, son entrée cochère à gros verrou de geôle ancienne, maison qui ne souriait qu'à son jardin. Son revers invisible au  passant , doré par le soleil, portait manteau de glycine et de bignonier mêlés, lourds à l'armature de fer fatiguée, creusée en son milieu comme un hamac, qui ombrageait une petite terrasse dallée et le seuil du salon...

Visiter la maison et le jardin, c'est se promener en toute liberté dans deux oeuvres de l'écrivain " Sido " et " La maison de Claudine".  C'est y retrouver chacun des lieux décrits dans le moindre petit détail.

 Sur le mur séparant le jardin du haut de la basse-cour, la petite Colette , Gabrielle de son vrai nom, joue à être " curé sur un mur". A son âge - pas tout à fait huit ans-, j'étais curé sur un mur. Le mur, épais et haut, qui séparait le jardin de la basse-cour, et dont le faîte, large comme un trottoir, dallé à plat, me servait de piste et de terrasse, inaccessible au commun des mortels. Eh oui, curé sur un mur.

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Sido veille à tout sur cette maison, met la main à la pâte, et offre à la petite Gabrielle/ Colette son premier éveil sensoriel. Découvertes olfactives, visuelles, gustatives entre le jardin où elle a toujours de nouvelles boutures à planter et la cuisine où les effluves de rhum se mêlent à ceux de la brioche chaude. Sido c'est une force incroyable de vie qu'elle a transmis à sa fille et que l'on retrouve dans ses écrits ."Alors elle franchissait les deux marches de notre seuil, entrait dans le jardin. Sur -le-champ tombaient son excitation morose et sa rancune. Toute présence végétale agissait sur elle comme un antidote... "

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Dans la chambre parentale, la chocolatière de Sido est encore remplie du breuvage délicieux dont elle étanchait ses soifs nocturnes et qu'elle semblait partager parfois avec.... une araignée. ......en mentionnant l'araignée que ma mère avait- comme disait papa- dans son plafond.... Une belle araignée des jardins, ma foi, le ventre en gousse d'ail, barré d'une croix historiée. Elle dormait ou chassait, le jour, sur sa toile tendue au plafond de la chambre à coucher. La nuit, vers 3 heures, au moment où l'insomnie quotidienne rallumait la lampe, rouvrait le livre au chevet de ma mère, la grosse araignée s'éveillait aussi, prenait ses mesures d'arpenteur et quittait le plafons au bout d'un fil, droit au-dessus de la veilleuse à huile où tiédissait , toute la nuit, un bol de chocolat. Elle descendait, lente, balancée mollement comme une grosse perle, empoignait de ses huit pattes le bord de la tasse, se penchait la tête la première, et buvait jusqu'à satiété. Puis, elle remontait, lourde de chocolat crémeux, avec les haltes, les méditations qu'imposent un ventre trop chargé et reprenait sa place au centre de son gréement de soie...

Les descendantes de l'araignée amatrice de chocolat peuplent-elle encore la maison de Colette ?

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Gabrielle / Colette rêve dans la chambre de Juliette " Ma soeur aux longs cheveux" qui deviendra un jour la sienne. Je goûtais dans cette chambre de jeune fille un ennui distingué dont j'étais fière .Le secrétaire en bois de rose regorgeait de merveilles inaccessibles ." 

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Des revers de fortune subis par la famille l'amenèrent à se séparer avec douleur de cette maison dont les effets personnels , les livres, la vaisselle, les meubles furent dispersés. L'association qui la gère aujourd'hui a réussi le tour de force de la restaurer quasiment à l'identique, traquant chaque bouture, chaque essence à replanter dans le jardin, chaque volume de la bibliotèque, chaque commode ou guéridon en compulsant les archives des salles des ventes pour en retrouver les différents acquéreurs. Pour les papiers peints, elle s'est fiée à la description très précise qu'en a fait Colette dans ses livres. C'est ainsi que "le papier gris de perle à bleuets " de la chambre de Juliette tout comme celui joliment doré du salon  ont été refait à l'identique " à la planche ". 

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Vous l'aurez sans doute compris, j'aurais pu - au risque de vous lasser - vous parler encore bien longtemps de la maison de Colette, vous montrer d'autres photos et j'espère que ce billet vous aura donné l'envie d'aller peut-être un jour vous aussi la découvrir tout comme vous aurez peut-être envie de re-découvrir les écrits de cet extraordinaire écrivain qui maniait la plume avec élégance, raffinement, délectaction et dont chaque phrase clame haut et fort son amour de la langue française.

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Vacances terminées, le bel automne doré a presque tiré sa révérence. Il laisse sa place au deuxième automne, plus morne, fait de vent et de froidure, celui que - avouons le- je n'aime pas. Les jours ont subitement raccourci nous incitant à nous calfeutrer dans nos maisons, à nous envelopper de lainages douillets, à allumer des bougies pour lutter contre la morosité qui va nous accompagner pendant de longs mois. Cette période d'hibernation forcée à nous de ponctuer de jolis moments tels des oasis de lumière pour la traverser plus aisément et attendre le retour des beaux jours.

 

                                                                          Bien à vous, 

                                                                           M A R I E *