La vie est par nature imprévisible. Elle n'a cesse de vous réserver des surprises, tantôt bonnes, tantôt mauvaises, et celle-là a  nettement fait pencher la balance du bon côté.

Tout est parti d'une phrase écrite dans mon billet précédent. Je mentionnais le fait que j'aimerais un jour avoir des narcises "paperwhites" dans mon jardin, ces jolis narcisses blancs que j'admire fréquemment dans les jardins Outre-Manche. Quelques jours après la parution du billet, l'une de mes fidèles lectrices m'a envoyé un petit message pour m'inviter chez elle à venir chercher des bulbes des dit narcisses. Rendez-vous pris, début mai, juste après la levée des restrictions de déplacement. Je suis partie un vendredi après-midi sur les routes normandes sans aucune idée du genre d'endroit dans lequel je me rendais. Je ne pensais à rien de spécial, cela aurait tout aussi bien pu être un modeste pavillon dans un lotissement, mais je me suis retrouvée dans un endroit bucolique et enchanteur à souhait, sur un grand domaine au centre duquel tronait un majestueux château. Pour des raisons de confidentialité et de respect de la vie privée des propriétaires, je ne donnerai aucune indication géographique de cette demeure, ni le siècle auquel elle a été construite, ni des photos de son apparence extérieure, vous n'aurez droit qu'à quelques photos de l'intérieur qui auraient pu tout à fait être prises dans n'importe quel  autre château. 

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 La journée était belle, le ciel bleu, les arbres en fleurs. J'ai lentement remonté l'allée qui traverse le domaine, en me demandant qui j'allais rencontrer. Nous ne nous connaissions que par message interposé et déjà ma surprise était grande.  Mes craintes, si craintes il y avait, se sont bien vite dissipées et je suis tombée sur un couple adorable. Une fois encore, par souci de confidentialité je ne mentionnerai aucun nom. Comme quasiment chaque fois que je fais une rencontre générée par mon blog, la conversation a tout de suite été facile et très agréable. Je ne connaissais rien de celle que je désignerai par la lettre X mais elle me connaissait déjà assez bien, du moins elle était capable de cerner le genre de personne que j'étais au travers de ce que j'avais écrit dans ce blog au cours des dix dernières années. 

Munis d'une pelle et de sacs, nous sommes partis dans le parc sous un soleil radieux pour y déterrer des bulbes de narcisses. ( En fait ce n'étaient pas des paperwhites mais peu importe, ils étaient tout de même blancs et ont fait mon bonheur ). Nous avons parlé de tout et de rien, de nous, de choses qui nous tenaient à coeur, de projets et le temps a passé trop vite ....... puis X m'a très gentiment proposé de visiter le château.

Privilège immense que celui d'avoir une visite pour soi tout seul d'un tel endroit d'ordinaire fermé au public ! La première porte poussée je suis allée de surprise en surprise, m'émerveillant au passage de tout ce que je voyais. Sans doute le Grand Meaulnes dans le livre éponyme d'Alain Fournier avait-il du ressentir les mêmes choses en arpentant les couloirs du grand domaine mystérieux, poussant une porte , soulevant un rideau, découvrant des amoncellements d'objets hétéroclites posés sur des fauteuils, des livres de prix, des candélabres dorés et poussiéreux, des vases et des costumes du temps jadis, redingotes à cols de velours et souliers vernis.

Dans la majestueuse cuisine, tout un bataillon de casseroles et de moules de cuivre au garde à vous semblent attendre le bon vouloir de la cuisinière.

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Une poésie sublime se dégage des textiles anciens à la beauté fragile, fanée et délicate. Les rideaux se sont fait dentelle sous l'effet conjugué du temps et de la lumière et ils sont si beaux qu'il serait criminel de les déloger de l'endroit où ils viennent de passer plusieurs décennies.

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Poésie encore dans l'ancien jardin d'hiver aujourd'hui déserté et sur lequel les plantes grimpent en joyeuse liberté. Il garde en mémoire le souvenir des fêtes que l'on y a données, les mariages, les jolies jeunes filles rougissantes en robe de mousseline blanche, les noeuds dans les cheveux, . En tendant l'oreille, on pourrait presque entendre quelques mesures d'une valse dansée par un couple nouvellement formé, les secrets chuchotés dans le creux de l'oreille puis les rires et les cris des enfants s'éparpillant gaiement sur la pelouse du parc après avoir chapardé quelque friandise sur le buffet dressé pour l'occasion. 

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Les pièces se sont succédées, salles, salons, bibliothéques, chambres tellement nombreuses que j'ai vite arrété de les compter. Innombrables également les toiles représentant parfois les ancêtres de la famille et les fresques, les lustres aux mille pampilles, les ouvrages anciens et rares que l'on ose à peine toucher, les lits à baldaquin. Une maison chargée des souvenirs d'une famille, de plusieurs vies.

Et c'est à ce moment crucial de la visite que j'ai éprouvé la plus grande des frustrations. Je n'avais que mon portable pour prendre des photos, un petit portable bas de gamme dont la mémoire a soudainement été pleine. Plus de photos possible.  Et puis il fallait prendre en compte le couvre-feu et le temps qu'il me fallait pour rentrer. J'ai du quitter à regrets le domaine enchanteur non sans promettre de revenir le plus vite possible avec, cette fois-ci mon appareil photo pour prendre tous les clichés que je n'avais pas pu prendre lors de cette visite.

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Je suis repartie le coffre de la voiture rempli de bulbes, les yeux plein d'étoiles et les images de l'après-midi écoulé devant les yeux. La route aidant, j'ai repensé à la conversation à bâtons rompus que j'avais eue avec X et je me suis dit que j'avais eu beaucoup de chance que mon chemin croise le sien. Sans mon blog, cela n'aurait jamais été possible ( ce qui tend à prouver que les réseaux sociaux ont des bons côtés ). J'étais presque gênée de tant de gentillesse de sa part et de l'accueil sans restrictions qu'elle m'avait accordé mais elle a fait une remarque qui m'a marquée. Elle a dit que depuis des années elle prenait un grand plaisir à me lire sans jamais pouvoir me rendre la pareille et qu'aujourd'hui c'était à son tour de me donner quelque chose. C'est le genre de remarque que l'on aimerait entendre plus souvent, qui vous fait avancer, qui vous conforte dans l'idée qu'il faut continuer à écrire , que vos mots ne se perdent pas dans le néant mais peuvent atteindre le coeur et l'âme de ceux qui vous lisent, leur apporter de la joie, un moment de plaisir, un espace de détente voire de réconfort. Ce jour là, je me suis sentie légitime dans mon statut d'"écrivain" même si ce n'est que d'un petit blog à faible audience et les doutes que je nourrissais ont été temporairement balayés. Le mot ECRIRE s'est tout à coup gonflé d'un sens nouveau et s'est doublé du mot PARTAGE. J'écris pour moi parce que j'ai envie de le faire, mais j'écris aussi pour tous ceux qui me lisent, je leur tend une main que j'espère ils saisiront et j'aurai réussi si je leur apporte ne serait-ce qu'une petite parcelle de joie.

 

La suite ? Au retour à la chaumière bleue les bulbes ont été plantés à différents endroits de la pelouse ce qui rendra probablement la tonte encore plus difficile au printemps prochain mais qu'importe ! Rappelez-vous, je vous disais être passée maitre dans le maniement de la tondeuse en mode slalom en essayant d'épargner les primevères colorées qui se rassemblent au milieu du jardin dès les premiers beaux jours. En plus des primevères il y aura donc désormais les narcisses du  domaine enchanté. Et comme j'aime la difficulté et ne recule devant rien, en ce moment, ce sont les grandes marguerites, des leucanthèmes, qui fleurissent sur l'herbe et que je dois habilement contourner. 

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 Le fond du jardin est clairement un espace de liberté pour les plantes. Après avoir eu envie de m'approprier cet espace, j'ai récemment décidé de laisser les plantes s'y épanouir comme bon leur semblait. Et je serais très satisfaite si ce petit coin se révélait être un refuge idéal pour oiseaux et petits animaux. Les jacinthes sauvages y poussent en abondance tout comme le cerfeuil sauvage aux ombelles graciles qui permet de faire des bouquets très aériens.

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Pour la première fois depuis 5 ans que je suis à la chaumière bleue, le jardin me rend bien les soins que je lui ai prodigués et je peux expérimenter le luxe suprême de m'offrir un nouveau bouquet tous les jours. Pour cela il suffit de faire quelques pas dehors, un sécateur en main. Le mois de mai a été un véritable festival de formes et de couleurs, les lilas mauves puis les blancs, les boules blanches du viburnum, les centaurées et le seringat. Les roses s'ouvrent maintenant les unes après les autres, les escholzias explosent, le wegelia croule sous les fleurs, les iris sont épanouis, les lupins pointent le bout de leur nez et le muguet qui a joué les retardataires est arrivé pour le premier juin !

Certains, surtout ceux qui connaissent la maison et qui savent que j'étais en travaux, ont du remarquer que la salle à manger avait changé. Je vous la montre en entier la fois prochaine c'est promis. A l'occasion je vous raconterai une histoire de buffet et de remorque qui a laissé un souvenir impérissable.

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Plus le temps passe, plus j'aime les bouquets natures, bucoliques, champêtres. Je suis fan inconditionnelle de Willow Crossley. Cette fleuriste anglais, talentueuse, souriante, pétillante, jolie et spontanée partage ses réalisations sur Instagram et sur You Tube et à chaque fois je tombe sous le charme.

Jouant les Willow Crossley, j'ai suivi ses conseils à la lettre pour composer un bouquet un peu fou dans un vase Médicis avec ce que l'on peut trouver sur un talus et que souvent on ignore à savoir des boutons d'or, des pissenlits, des graminées, des feuillages ...... Ce bouquet que je pensais très éphémère a finalement duré beaucoup plus longtemps que prévu, une bonne semaine au moins et a prouvé que l'on pouvait faire du beau avec trois fois rien. 

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Me serais-je quelque peu éloignée du sujet initial de ce billet , à savoir le mot ECRIRE ? Tant pis, ne pas parler de fleurs en mai était tout simplement impossible !

Pour finir en beauté, voici mon humeur de mai :

ECOUTER :

Parce que c'est frais, léger, ensoleillé comme une belle journée qui s'annonce et sa voix est si belle :  "Sunrise" de Norah Jones.

 

SE  REMETTRE  EN  QUESTION :

Quand on va faire un tour à Emmaüs par exemple on touche du doigt la surabondance des pays dit développés. Pour un nombre non négligeables d'objets qui vont retrouver une seconde vie, combien finiront au rebut dans une déchetterie alors qu'ils auraient pu à nouveau servir ? Se faire la promesse que chaque fois que l'on peut acheter quelque chose d'occasion à la place de quelque chose de neuf on le fera.

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 SAVOURER  :

Un délicieux crumble rhubarbe-miel dont on a inventé la recette ( en mélangeant plusieurs recettes existantes ) :

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1. Mettre dans un plat allant au four 800 g de rhubarbe épluchée ( certaines personnes ne l'épluchent pas ) et coupée en tronçons avec 80 g de miel  parfumé  ( j'ai la chance d'avoir un collègue apiculteur qui me fournit en miel  ) que l'on aura bien mélangé ainsi qu'un verre et demi de jus de fruit ( à mon avis peu importe le jus, j'avais un smoothie pomme cerise dans le frigidaire ). Enfourner à 200 degrés le temps de faire le crumble.

2. sabler entre les mains 120 g de farine, 60 g de flocons d'avoine, entre 60 et 80 g de sucre roux, 40 g de poudre d'amandes, 100g de beurre coupé en petits morceaux. On doit obtenir une sorte de grosse semoule.

3. Répartir le crumble sur la surface des fruits et faire cuire environ une demi-heure, jusqu'à ce que le crumble soit doré.

Servir tiède dans une assiette modèle " Fleurettes " des faïenceries de Giens. C'est un délice !

 

RELIRE :

"Le grand Meaulnes " d'Alain Fournier parce que c'est de circonstance ( Merci à Minne de m'avoir soufflé l'idée )

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" Après cette fête où tout était charmant, mais fiévreux et fou, où lui-même avait si follement poursuivi le grand pierrot, Meaulnes se trouvait là plongé dans le bonheur le plus calme du monde. Sans bruit, tandis que la jeune fille continuait à jouer, il retourna s'asseoir dans la salle à manger, et, ouvrant un des gros livres rouges épars sur la table, il conmmença distraitement à lire. Presque aussitôt un des petits qui étaient par terre s'approcha, se pendit à son bras et grimpa sur son genou pour regarder en même temps que lui ; un autre en fit autant de l'autre côté. Alors ce fut un rêve comme son rêve de jadis. Il put imaginer longuement qu'il était dans sa propre maison, marié, un beau soir, et que cet être charmant et inconnu qui jouait du piano, près de lui, c'était sa femme. "

 

Un grand merci à X pour son accueil chaleureux au domaine enchanté et un grand merci à vous d'être là tout simplement .

 

Je vous retrouve bientôt, 

M A R I E *