Inutile de se voiler la face, cet été est tout ce qu'il y a de plus pourri !  D'aussi longtemps que je me souvienne, jamais il ne me semble avoir vu autant de pluie, de grisaille, de froid pendant les mois sensés être les plus chauds et lumineux de l'année. C'est comme si au printemps avait succédé un éternel automne. Point de petit-déjeuners, déjeuners ou dîners au jardin. Les petites robes légères sont restées sagement pendues sur leur cintre, je ne sais pas où sont mes sandales et les pulls sont encore et toujours de rigueur. On dit que sagesse et philosophie viennent avec l'âge et si l'on s'en tient à cet adage je devrais être assez sage pour relativiser ( oui, c'est sûr il y a bien pire dans la vie qu'un ciel nuageux ! ) mais chez moi il me semble qu'un mouvement inverse s'opère. Au fil des ans un sentiment d'urgence s'installe, je deviens moins patiente, et beaucoup plus sensible à tout ce qui m'entoure. Je suis horrifiée par les inondations meurtrières d'Allemagne et de Belgique, les canicules et incendies de Grèce et de Turquie, inquiète par rapport à l'ampleur de la crise sanitaire toujours en cours, bouleversée par les tensions qui déchainent la société et obscurcissent encore un peu plus le ciel estival  et  désespérée de voir filer les jours de cet été qui n'en n'est pas un. Vous l'aurez compris, je n'ai pas franchement le moral.

 Alors, lorsqu'à force de scruter les bulletins météo vous découvrez que vous avez une fenêtre de quelques heures sans pluie de prévue vous foncez directement dans un endroit joli pour vous mettre  un peu de baume au coeur.  Giverny, vous savez, ce petit village musée normand qui abrite la maison jardin rose bonbon du peintre Claude Monet, est un choix parfait. A peine quelques gouttes, le passe sanitaire testé pour la première fois et une visite partagée avec les touristes américains de retour sur le sol français.

Ce billet est pour tous ceux qui ont envie de jolies escapades, de couleur et de légèreté. Il est pour ceux qui, comme moi, regardent la pluie tambouriner aux carreaux ( sous un petit 15 degrés un 7 août, qui dit mieux ? ) Il est pour ceux qui ne peuvent partir en vacances  mais veulent s'évader. Il est pour les amoureux des jardins comme pour les amoureux de l'art. Il est cette petite bulle d'insouciance dans le ciel morne du jour.

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Je vais à Giverny en presque voisine, familière des lieux,  heureuse de retrouver les choses à l'endroit où je les ai laissées lors de ma dernière visite.  Dans la maison de Monet j'aime la petite boite à oeufs dans l'entrée avec son joli motif bleu que je photographie à chaque fois. Quand j'arrive dans la chambre à coucher, je suis heureuse de revoir le portrait de Julie Manet avec son chien qui m'attend bien sagement à droite juste après la porte  et je sais que je retrouverai également "La vague" de Hokusai sur le mur de gauche de la salle à manger jaune soleil. Pour voir des photos de la salle à manger, vous pouvez vous rendre sur ce billet publié il y a quelques années déjà.

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La chambre principale rappelle les vacances d'enfant dans la maison des grand-parents quand il fallait le soir escalader le lit garni de son gros édredon de plumes et que le moment du coucher prenait alors des allures d'expédition. Les cadres sur le mur racontent mille histoires et la vue sur le jardin s'ouvre ample et généreuse sur les jours de quiétude et d'equanimité que l'on coulera au jardin.

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 On vient à Giverny pour la maison, pour le jardin  mais aussi pour les expositions au musée des impressionismes comme la dernière en date sur le thème des jardins qui mêle des oeuvres d' impressionistes, de pointillistes et de nabis.

Souvent dans une exposition il y a un tableau au moins qui accroche tant mon oeil que je ne peux m'en détacher. Le tableau m'attire, m'aspire, et je reste un long moment absorbée dans sa contemplation. Ce fut le cas pour  "L'allée " d'Edouard Vuillard qui représente sa maitresse et muse Lucie Hessel accompagnée de son chien. Le tableau a une profondeur extraordinaire et vous entraine sous les frondaisons pour une promenade bucolique dans cette allée où la voûte des arbres est traversée de part en part par des rais de lumières. Le visage de Lucie arbore une plénitude que j'envie. Sans doute et même sûrement, cette toile a t'elle cristallisée toute mon aspiration à un véritable été pour qu'elle me touche à ce point . J'en ai bu la chaleur et la sérénité et l'espace d'un instant il m'a semblé que j'allais à mon tour emprunter cette allée vêtue d'une robe fluide qui épouserait chacun de mes mouvements, un large chapeau de paille sur mes cheveux dénoués, un bouquet de fleurs des champs dans les bras. Nul ne sait où mène cette allée mais elle a figé l'été pour l' éternité.

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 Un peu plus tard, en me promenant dans le jardin de Monet, il m'a aussi semblé que des correspondances parfois troublantes se tissaient entre les toiles de l'exposition et les fleurs du jardin . Ne dirait-on pas que les corolles parme font écho aux teintes lilas de la robe de Lucie et que les reflets sur le bassin des nymphéas rappellent les traits de lumière qui strient l'allée sous les arbres ?

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Hormis les grands tableaux, dans une exposition, il y a aussi ceux tout petits devant lesquels on passe parfois trop rapidement et que l'on ignore. Et pourtant, cela valait tellement la peine de s'arrêter devant  "La muse agenouillée sous les pins devant la mer " d'Henri Martin. Je l'aurais volontiers imaginée agenouillée sous un arbre en bordure du bassin de Monet. Henri Martin est l'une des jolies découvertes de cette exposition jusqu'à présent ce nom n'évoquant pour moi que l'avenue Henri Martin du Monopoly !

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Tout petites aussi les "Baigneuses" de Félix Valloton  qui semblent vouloir barboter entre les larges feuilles arrondies et plates des nénuphars.

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Parallélisme entre les lignes verticales des arbres de ce petit parc dont je n'ai retenu ni le titre du tableau ni celui de son exécutant et  les tiges droites des bambous qui bordent le cours d'eau qui traverse la propriété.

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Beaucoup de douceur et des fleurs roses dans le jardin d'Henri Martin que je retrouve dans l'opulence crémeuse des glaïeuls qui dressent fièrement leur hampes fleuries.

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 Au cours de mes déambulations le long des allées, je suis passée devant les fleurs jaunes du parc de Maurice Denis, encore une belle découverte que ce peintre alors inconnu.

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A défaut de soleil dans le ciel les "Enfants au jardin" d'Edouard Vuillard baignants dans une chaleur intense m'ont offert un peu de cette luminosité qui fait tant défaut actuellement. Même jaune un peu acidulé pour les pâles et doux tournesols du jardin, le maillot de l'enfant et les reflets sur le tronc d'arbre.

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Les fleurs cotonneuses d'Alfred Sisley dessinent la même courbe gracieuse que les arceaux de l'allée principale devant la maison du peintre.

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Et bien sûr, les inévitables géraniums rouges, pas mes fleurs préférées mais il faut reconnaître qu'ils apportent de joyeuses touches colorées aux représentations de jardins.  "Jardin en fleurs à Sainte Adresse " de Claude Monet  "Le grand bassin de Marquayrol" d'Henri Martin. 

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La jeune femme dans l'embrasure de la fenêtre de la serre d'Albert Bartholomé aurait tout aussi bien pu s'installer dans le salon en rotin aux coussins fleuris pour trouver l'ombre par une après-midi bien chaude.

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Et puis du vert, beaucoup de vert et de l'eau.... 

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J'ai laissé derrière moi " L'allée" et les fleurs du jardin de Giverny en sachant que je reviendrai les voir bientôt sans doute. L'exposition fermera ses portes au mois de novembre et le jardin sera là pendant longtemps encore. Il y aura les capucines et les colchiques de l'automne qui l'orneront de couleurs flamboyantes et seront sources de nouvelles émotions.

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Il est temps pour moi de quitter les contrées pluvieuses et de partir à la recherche du soleil en espérant trouver l'endroit où il s'est terré, respirer la lumière et faire le plein de vitamine D pour quelques jours au moins. Il n'y aura pas de connexion internet, je ne pourrai donc vous répondre tout de suite mais je vous souhaite de profiter au maximum de votre été, journées ensoleillées ou pas.

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A bientôt !

 

M A R I E * et ses agapanthes