Et nous revoici quelques mois plus tard à peu près au même point.  Confinement, attestations, déplacements autorisés....... l'actualité s'est emballée et nous a entrainé dans une tourmente qui nous laisse pantois et malmenés avec toujours cette soif d'évasion que nous ne pouvons étancher.

Alors comme il nous est encore impossible de nous déplacer " en vrai", là où nous voulons,  c'est une grande respiration que je vous propose, un bol d'embruns et d'air salé, de landes et de rochers. C'était à la fin du mois d'août dernier, une promenade de quelques jours à peine sur cette langue de terre qui s'avance dans l'océan comme pour mieux le défier et que l'on appelle Finistère, la fin de la terre et le début du saut dans le grand inconnu de l'océan.

Du Finistère, Penn-ar-Bred en breton, je ne connaissais rien ou presque. J'attendais des phares et des bateaux, j'en ai eu. Des ports entre deux eaux, paisibles dans une somnolence douce qui ferait presque oublier les soirs de tempête quand la mer se déchaîne et que les vents s'égosillent à s'en briser la voix. hurlent et se fracassent sur la raideur gourmée des sémaphores sans jamais les ébranler.

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Pêche tranquille au Guilvinec.

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Le phare d'Eckmühl sur la pointe de Pennmarc'h

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Duo de barques, vert menthe et bleu céleste.

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La jetée trace un chemin sinueux qui semble se prolonger à l'infini, ou presque.

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 A la tombée de la nuit le silence se fait sur la pointe de Pennmarc'h, à peine troublé par un léger clapotis de l'eau.

J'ai été saisie par la magnificence des soirs au coucher quand le soleil tombe en flamboyant et ourle chaque nuage d'un liseré rose vif . Le ciel se glisse ensuite dans une couverture ouatée d'un parme tendre mêlé de rose avant de rendre à la nuit les êtres et les choses. 

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 C'est d'une beauté à couper le souffle et le calvaire découpé en ombre chinoise sur le crépuscule naissant restera longtemps à veiller sur les lieux alentours dans sa hiératique solitude. 

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Le lendemain c'est Locronan. Une apreté de pierre qui raconte le temps des contes et des légendes au coin du feu en un temps pas si ancien que ça et où la vie était bien rude. On pourrait presque l'oublier tant le village a l'aspect pimpant du remis à neuf. Les touristes abondent dans les ruelles pavées, passent d'une boutique de souvenirs à l'autre cornet de glace dégoulinant à la main et je me sens en parfait décalage avec eux, un peu dérangée par le côté trop " parc d'attraction " du lieu. Je sais bien que c'est pour cela même que de tels villages sont sauvés de la ruine et de la décrépitude mais je préfère fuir l'animation de la place et de la rue principale pour m'abîmer dans la contemplation d'un mur de pierres, d'une porte bancale ou d'une façade rongée par les ans qui me chuchote tout une vie de labeur, celle de la Bretagne côté terres.

 

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Ne dirait-on pas un puzzle parfait où chaque pierre a sa place ?

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Encore un autre puzzle à moins que ce ne soit un tableau très géométrique.

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Je ne me suis pas assise sur ce banc et pourtant, il offre l'endroit propice à la contemplation et à la méditation.

La religion n'est jamais bien loin quand on est en Bretagne et le calvaire au Christ supplicié se rappelle encore les longues processions en coiffe de dentelle qui pleuraient un fils ou un mari trop tôt disparu en mer, la douleur,  les lamentations, les prières et les oraisons funèbres. Comme Victor Hugo avait raison lorsqu'il écrivait dans Oceano Nox :

"Oh! Combien de marins, combien de capitaines qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis! Combien ont disparu, dure et triste fortune ! Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Sous l'aveugle océan, à jamais enfouis ! "

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En fait tout est question d'équilibre, de dosage. Rénover mais respecter. Préserver sans dénaturer et on ne peut que saluer  le soin que les habitants de ce village apportent à leurs extérieurs, les petits rideaux au crochet si mignons, les potées de géranium, les anémones, les roses trémières et les hortensias macrophylles. Tout cela a du charme, c'est certain .  

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Pousser plus à l'ouest encore, jusqu'au cap de la Chèvre sur l'île de Crozon. Se perdre , seuls au monde ou presque, car le ciel menaçant et la pluie ont freiné les ardeurs des promeneurs, dans les landes de bruyère mauve jusqu'à tenter d'apercevoir  dans le poudroiement de brume les" Tas de pois", ces étranges petits rochers qui sortent bravement la tête de l'eau à la pointe de Pen Hir.

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Voilà exactement le genre d'endroit dans lequel je me sens bien. Bien comme dans les immensités des Highlands, les Hautes terres de l'Ecosse, bien comme sur les côtes de Cornouailles, bien comme dans tous ces lieux un peu isolés où l'on ne fait plus qu'un avec la nature qui vous entoure.

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Personne ou presque le soir au cimetière marin de Camaret sur mer. La journée s'y achève au milieu des épaves qui se désagrègent un peu plus chaque année, rongées par la corrosion. Chaque coque de bateau est à mes yeux une véritable oeuvre d'art où le temps et les éléments ont fait leur ouvrage et continueront de le faire. La beauté se trouve parfois dans le plus improbable des lieux.

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La balade ne s'arrête pas là, elle fait juste une pause, je vous raconte la suite dans quelques jours, c'est promis !

 

                                                              A  très bientôt

                                                                    MARIE *