Inutile de se voiler la face, force est de constater que la période que nous vivons n'est pas des plus faciles. Après un printemps morose suivi par un drôle d'été, nous voici arrivés dans un automne pétri d'injonctions et de contraintes, dont les contours sont dessinés par le spectre d'un virus galopant tel un cavalier invisible. Depuis début septembre mes journées au travail n'ont pas été des plus rigolotes. Comme pour beaucoup d'entre nous mon travail ( et encore j'ai la chance de pouvoir travailler ) a changé du tout au tout. Mes semaines ressemblent désormais à des marathons dont mes collègues et moi ressortons usés et nous cherchons tous un moyen de nous évader de ce quotidien difficile. En dehors des balades dans la campagne le soir qui me lavent de ma journée je tente de puiser dans les week-ends les forces qui me permettront de repartir du bon pied le lundi matin.

Depuis trop longtemps je ne faisais plus grand chose de mes dix doigts alors que l'envie ne m'en manquait pas. Lorsque je suis tombée sur la proposition d'atelier fil de fer par Astrid   j'ai longtemps tergiversé. Je tergiverse souvent quand il s'agit de décider des " à côtés". Sans doute un relent de culpabilité Judéo-chrétien fortement ancré dans mon Adn associé à une certaine forme de timidité et d'appréhension qui m'interdit de m'octroyer de bons moments et contre lequel je dois me battre sans relâche. C'est ce sentiment qui m'a en partie gâché l'existence, empêché de faire tant de choses mais, avec le temps, je m'améliore ( A ce sujet je vous invite à lire le billet du 17 octobre écrit par Gaëlle du blog A part ça qui résume très bien ce combat intérieur auquel je fais si souvent face .). Alors j'ai foncé, j'ai écrit un message à Astrid puis j'ai pressé sur la touche "envoi" du message, très vite pour ne plus avoir à reculer. Et je ne l'ai pas du tout regretté. Je me suis d'ailleurs demandé comment j'avais pu hésiter car c'était génial. Une fois l'atelier terminé je suis repartie en chantonnant au volant de ma voiture et c'est à ce moment- là que j'ai réalisé à quel point j'avais besoin de cette pause créative . Aux grands maux, les grands remèdes !

Prenez un joli endroit : la très belle demeure de Sylvie  dans la campagne normande, des personnes d'agréable compagnie, et un bel après-midi d'automne. Ajoutez-y Astrid en professeur très patient pour apprendre à dompter un fil d'acier rétif entre des mains malhabiles afin de le transformer en herbes folles, brindilles et branches et vous obtiendrez un joli bougeoir.

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Quelques touches de doré plus tard la corolle gracile entoure un mignon lumignon de chez Bloolands imitant à la perfection une vraie bougie. Il ne lui manque plus qu'un ruban de tafetas bleu un peu passé façon boudoir dix-huitième. 

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Autre week-end et autre lieu, complètement différent celui-ci ! Par un mouvement inverse à celui des Parisiens en quête de nature qui se hâtent de quitter la capitale pour rejoindre des contrées plus verdoyantes, j'aime quitter mon petit bout de campagne pour me rendre à la capitale. De Paris j'aime le fourmillement , l'agitation et les lumières de la grande ville,  l'architecture, et la vie culturelle. ( Je suis pleinement consciente du fait que si je vivais à Paris, coincée entre les quatre murs d'un petit appartement, je n'aurais qu'une hâte : respirer l'air des grands espaces ) Quand il s'est agit de réserver une soirée au Palais Garnier, j'ai une fois encore longuement hésité. La danse c'est ma passion et depuis toujours je caressais le rêve un peu fou d'assister à un spectacle de danse à l'Opéra. Alors tant pis si le billet est un peu cher, je peux bien me nourrir de pâtes pendant un mois me suis-je dit. Là non plus, je ne l'ai pas regretté.

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Délicieuse anticipation sous la coupole dessinée par Chagall et le temps soudain suspendu l'espace des "Trois Gnossiennes ", musique Erik Satie, chorégraphie HansVan Manen, fabuleusement interprété par le duo Hugo Marchand, Ludmila Pagliero. Hugo Marchand accompagne avec élégance et justesse les mouvements si précis et délicats de sa partenaire pour dessiner des lignes très pures et très claires. Un moment de grâce absolue pendant lequel on retient presque son souffle.

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Autre moment de pur bonheur avec Hannah O'Neill et Vincent Chaillet qui ont interprété avec fougue et brio Herman Schmerman, chorégraphie de William Forsythe. Entre fausse nonchalance et grande technicité, le duo fonctionne très bien et met le coeur des spectateurs en joie et c'est sur un petit nuage que j'ai quitté l'Opéra avec la ferme intention d'y revenir.

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Toutes les photos sont issues du net, la prise de photo étant interdite lors du spectacle.

La tête encore un peu, beaucoup dans les étoiles, une pirouette, deux entrechats et un grand jeté plus loin - de la danse à la mode il n'y a qu'un pas -, j'ai poursuivi le lendemain au Palais Galliera avec l'exposition Gabrielle Chanel, un manifeste de mode. Là encore, des lignes sobres, fluides, épurées pour épouser au mieux le corps des femmes et sublimer leur apparence. Des tenues intemporelles créées par une grande dame dont le parcours, la force de caractère et la ténacité à s'affirmer malgré des origines modestes et dans un monde masculin, force l'admiration et le respect.

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Loin d'être fini, ce week-end parisien s'est achevé avec l'exposition "L'âge d'or de la peinture danoise " au Petit Palais. Trois Palais en l'espace de 48 heures, c'était une première !

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Vue du lac Soterdam de Christen Kobke

L'exposition présentait des oeuvres datant de la première moitié du dix-neuvième siècle qui n'est pas d'ordinaire ma période de prédilection dans le domaine artistique mais j'ai retenu quelques pépites.

Des portraits de fillettes au visage doux qui vous fixent intensément de leur regard paisible.

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Meta Magdalene Hammerich et Kristiane Konstantin Hansen de Constantin Hansen

 

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Un étude de ciel avec un cadrage très original, très moderne même.

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Des toiles baignant dans la chaleur des rivages méditerranéens qui rappelent l'incontournable voyage vers l' Italie et plus largement vers l'Europe du sud d' artistes partis parfaire l'étude sur le motif de paysages sous des cieux plus cléments que ceux des pays septentrionaux.  Les après-midis s'alanguissent sur la Loggia de Martinus Rorbye et quand on ferme les yeux on croit sentir le souffle tiède de la brise marine vous bercer mollement.

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Vue d'Athènes de Martinus Rorbye

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                                                                                                             La loggia de Martinus Rorbye

Les chemins de la campagne danoise sont bucoliques à souhait et les ciels aussi translucides que ceux des contrées méditerranéennes.

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 Le pont de Dankvart Dreyer

Mais les façades des villes attirent tout autant mon oeil.

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L'hiver de Jorgen Roed

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     Les façades de Frederik Sodring

Porte ouverte sur un intérieur ou fenêtre ouverte sur l'extérieur, invitation à la rêverie de l'intime, et l'appel des espaces infinis.

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Entrée du jardin du presbytère de Christen Dalsgaard

Je crois bien que finalement c'est cet appui de fenêtre qui aura ma préférence. J'imagine que c'est une fin d'après-midi. Un rayon de soleil caresse doucement les pages du livre que l'on a négligemment posé et effleure à peine les inflorescences des plantes dans les pots de terre. Le menton appuyé sur la main, on regarde le ballet des bateaux à voile dans le port et le ciel se teinter de rose jusqu'au moment où il se mettra à flamboyer et que les choses retourneront au silence.

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 Vue depuis la chambre de l'artiste de Martinus Rorbye

Une parenthèse parisienne qui aurait été bien moins agréable s'il n'y avait eu ces moments d'amitié partagée. Une soirée douce pour se tisser de jolis souvenirs chez mon amie Triskell , la ligne 13 et joliment fleurie avec les petits bouquets que j'aime tant de Aoyama flower market. C'est avec elle que j'ai effectué ce voyage en peinture au Danemark ( et j'espère bien en faire beaucoup d'autres ! )

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                                        Je reviens vous voir très vite 

 

                                                  CARPE DIEM

                                      MARIE*