Comment la décrire cette sensation de vide qui s'installe lorsque, après deux mois presque ininterrompus de visites, rythmées par des sorties, des promenades bucoliques, des soirées au jardin, des conversations à bâtons rompus avec la famille et les amis..... les derniers invités - en l'occurence des invitées (dont le séjour est relaté par Dominique ici) - ont quitté la chaumière bleue ? Il faudrait alors pouvoir l'oublier cette petite voix intérieure, doucereuse, qui vous suggère avec tout le fiel dont elle est capable que l'été a bel et bien tiré sa révérence et que la fête est finie.

C'était sans compter sur le prêt inespéré d'une petite maison quelque part dans le Cotentin. Juste le temps de boucler un sac et les kilomètres défilent sur l'autoroute dans la grisaille, sous une pluie tenace jusqu'à ce que la brume se déchire enfin aux alentours de Caen pour une halte au Mémorial. Impensable en effet de rater l'exposition Norman Rockwell !

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Norman Rockwell est cet illustrateur américain de génie qui a illustré 320 couvertures de la revue le Saturday Evening Post de 1916 à 1961, croquant avec beaucoup d'humour, de bienveillance et un luxe de détails la classe moyenne américaine.  La famille heureuse et fatiguée rentrant d'un séjour au bord de la mer ; La championne de billes, sûre d'elle et déterminée- comme toutes les figures féminines dans l'oeuvre de Rockwell - face à deux garçons médusés ; Le choeur des barbiers ; Le père de famille concentré écoutant la progression des troupes américaines sur le front européen, tentant de déterminer où son fils, engagé sous les drapeaux, se trouve ; Une franche explication entre deux jeunes filles ayant toutes deux reçu une photo du sympathique GI Willie Gillis ,  personnage simple auquel il est facile de s'identifier, toujours mis en scène dans des situations pleine de malice.

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Lorsqu'en 1940 le président Franklin D. Roosevelt prononce son célèbre discours des Quatre Libertés indispensables pour préserver un mode de vie face au drame qui se déroule en Europe, à savoir, la liberté d'expression, la liberté de conscience, la liberté de vivre à l'abri du besoin et la liberté d'être protégé, Norman Rockwell utilise son talent pour réaliser quatre oeuvres qui resteront pour les américains les symboles des valeurs à défendre. Le repas de Thanksgiving, fête typiquement américaine, qui donne l'occasion de grandes réunions de famille,  illustre la liberté de vivre à l'abri du besoin tandis que le fermier prenant la parole au cours d'une réunion municipale illustre la liberté d'expression.

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 Tableau devenu iconique, The Problem We All Live With, réalisé en 1963 et illustrant la fin de la ségrégation dans les écoles est inspiré d'un fait réel : la petite Ruby Bridges fait sa rentrée à La Nouvelle Orléans en 1960 dans une école jusque là réservée aux blancs. 

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Autant vous dire que parmi l'un de mes inombrables rêves est celui de me rendre un jour à Stockbridge aux Etats-Unis visiter l'atelier de l'artiste décédé en 1978. Pour l'instant, il faut se contenter de cette très belle et unique exposition visible au Mémorial de Caen jusqu'au 27 octobre.

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                    Lorsqu'il est temps de reprendre la route, c'est le grand beau temps. Le soleil, qui a joué les divas pendant une bonne semaine se faisant beaucoup désirer, est à nouveau au rendez-vous. A l'arrivée, en quelques instants tout s'arrête. Le monde peut bien continuer à tourner, vous êtes face à l'immensité du ciel et de la mer et plus rien ne compte que cette quiétude et ce sentiment de plénitude retrouvée. Là, dans le miroitement de l'eau vous vient un grand apaisement.

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 Les plus belles oeuvres d'art, celles conçues par la nature, s'offrent au regard en lignes sinueuses, rigoureuses et parallèles ou libres et aquatiques.

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 Le phare d'Agon se rêve cousin de ceux de Nouvelle Angleterre peints par Edward Hopper. 

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Les emblématiques cabines de plage de Gouville-sur-mer ont l'air d'avoir été coloriées par un artiste très joyeux alors que celles de Carteret paradent dans tous les teintes de bleu que l'on peut imaginer.

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Le temps s'étire à n'en plus finir le soir sur les dunes, face à la mer ( merci Tei pour cette belle adresse ) et quand la lumière décline c'est pour mieux nous préparer au merveilleux spectacle qui suit. C'est d'abord l'infatigable ballet des tracteurs remontant les bâteaux des pêcheurs ou des vacanciers, puis la mer qui s'enveloppe de tonalités de gris, le soleil qui vous éblouit et les ajoncs qui se découpent en ombres chinoises sur le blanc du ciel. Puis soudain, la grosse boule de feu qui fait rougeoyer le ciel avant de plonger et de rendre la terre à l'encre de la nuit.

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La semaine était bien trop courte mais quelque part dans le Cotentin, j'ai lavé dans la mer les fatigues, les soucis, les tracasseries d'une année entière jusqu'à presque tout oublier.

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Un dernier regard en arrière sur le petit chemin qui mène à la plage et qu'on emprunte pour la dernière fois. La parenthèse se referme. On repart, du sable sur la peau et du sel sur la langue, la peau un peu plus dorée que d'habitude, les cheveux qui volent au vent et la certitude de la retrouver là, la mer immuable, jouant sa variation millénaire.

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De retour à la maison, quand l'heure de la rentrée a sonné, on pose sur le guéridon un bouquet de lagures ovales ( ou queues-de-lièvre ) dont la douceur des épis rappele celle de ces journées de la fin de l'été comme pour mieux le prolonger.

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 Avec le bouquet de scabieuses cueilli sur le bord du chemin.

 

Marie *