Le temps passe décidément trop vite. A peine mon dernier billet publié que plus d'un mois s'est écoulé. Je m'étais pourtant promis de revenir plus souvent sur ces pages ! En ce jour très maussade de mars ( Jolie façon de dire pourri ), alors que la pluie cingle furieusement  les fenêtres et que chaque tentative de sortie se transforme en une lutte inégale entre vous et un vent furieux (En fait le terme dément conviendrait mieux ) qui menace à chaque pas de vous emporter, je vous propose la rencontre avec une femme d'exception. A l'origine un achat. Celui du beau livre Les carnets de cuisine de George Sand publié aux éditions Chêne ( J'ai du mal à résister à l'attrait qu'exerce sur moi ce genre d'ouvrage qui mêle photos de belles demeures et recettes de cuisine ).

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J'avais ce billet en préparation depuis un certain temps ( et il aurait pu encore attendre longtemps ) mais  il y a eu la coïncidence de trouver dans le dernier magazine Flow un article sur ce célèbre écrivain et puis aussi le 8 mars  journée des  Droits des Femmes, qui m'ont poussée à le finaliser rapidement.

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C'est en plein coeur du Berry, terre de légendes et de sortilèges que se niche, dans le petit village de Nohant, la demeure de George Sand. Visitée une première fois avec mes parents quand j'étais petite elle a été l'occcasion d'une deuxième visite il y a trois  ou quatre ans, un jour de mars bien froid comme aujourd'hui.

De George Sand j'ai lu peu d'oeuvres : La petite Fadette, La mare au diable, François le champi, des histoires au charme désuet qui  ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable. Ce n'est donc pas des talents d'écrivain de George Sand que je veux parler mais bien de la Femme avec un grand , d'Amantine, Aurore, Lucile, Baronne Dudevant qui prit nom d'homme pour s'imposer en tant que femme de lettres dans un monde exclusivement masculin,  fit scandale de part sa vie amoureuse libre et dut se battre contre les préjugés d'une époque pétrie de rigueur morale.

George Sand 

Dans le petit village de Nohant, le buste de Chopin nous accueille et nous rappelle qu'il en a été l'un de ses illustres visiteurs. 

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Passée la grille bleue, la propriété se dévoile, une solide bâtisse rectangulaire aux murs clairs. Les arbres, dépouillés de leurs feuillage, contribuent à lui donner un aspect un peu Belle au bois dormant.

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Mais à l'intérieur, la table dressée sous le majestueux lustre en verre Murano de la salle à manger nous rappelle qu'il y avait souvent des invités à la table de George Sand.  Hormis Maurice son fils et Solange sa fille, étaient présents le compositeur Frédéric Chopin, l'un de ses nombreux amants qui vint sept étés de suite à Nohant et sans doute aussi Franz Listz et Marie d'Agoult. Certainement le peintre Eugène Delacroix qui enseignait la peinture à Maurice ou l'écrivain Honoré de Balzac. Plus tard viendront Alexandre Dumas fils, Théophile Gautier, Gustave Flaubert et le poète russe Alexandre Tourgueniev plaçant Nohant au centre de la vie intellectuelle de l'époque.

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Nappe blanche, chemin de table ajouré, serviettes monogrammés GS, faïence ou porcelaine ( Je ne sais pas trop ) aux motifs de fraises des bois qui s'enroulent en volutes gracieux  sur le bord des assiettes, argenterie, un grand bouquet de forsythia qui égaye la table de ses notes ensoleillées et les verres en cristal bleu et ocre offerts par Chopin.

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On parle beaucoup de l'actualité culturelle, de la dernière pièce à succès, des derniers romans en vogue. On rit, on s'échauffe un peu sur des sujets qui fâchent mais bien vite on se met d'accord sur les mets qui sont servis à la table de Nohant car George aime la bonne chère et consigne ses recettes préférées sur des carnets soigneusement rangés à l'office. D'ailleurs, la cuisine très moderne et fonctionnelle est dotée d'un fourneau professionnel.

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Après le repas on ira faire un tour au salon où Chopin jouera sans doute sa dernière valse à moins que Musset ne déclame un poème ( Pas à la même période en tout cas, Musset ayant chronologiquement été l'amant de George avant Chopin ) 

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La nuit, pendant que ses invités dorment, George noircit fébrilement d'une écriture décidée les nouvelles pages de son prochain roman. Elle est libre et sa liberté repose avant tout sur son indépendance financière.  Elle se doit d'écrire encore et toujours pour assurer le train de vie de cette grande maison ainsi qu' un avenir à ses enfants. Alors elle continue et ne se couchera qu'au matin.

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Et quand elle n'écrit pas elle confectionne des costumes pour l'extraordinaire théâtre de marionettes de Maurice dans lequel sont régulièrement jouées des représentations. George ne s'arrête jamais.

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L'âme de Nohant c'est George et elle est encore bien présente dans chacune des pierres de la demeure, dans les longs couloirs qui la parcourent ou dans les arbres du parc où elle repose désormais. 

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D'elle il nous faut retenir cette incommensurable soif de vivre, cet enthousiasme, cette curiosité pour tout ce qui l'entoure et cette incroyable énergie qui lui a permis de s'imposer en son nom propre à une époque où une femme ne pouvait être que mère ou épouse. Elle s'inscrit dans une lignée de femmes remarquables qui doivent nous rappeler que le droit des femmes n'est jamais définitivement acquis. Qu'à l'heure actuelle c'est grâce aux combats menés par celles qui nous ont précédé que les femmes ont le droit de vote, celui de travailler ou d'avoir un compte en banque. Le droit de dessiner leur avenir, celui d'être écrivain, artiste, chirurgien, chercheuse ou pilote de ligne. Le droit à l'indépendance et à l'autonomie celui de choisir leur destinée.

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La lecture du  livre m'a donné l'envie de me livrer à un petit exercice de style :  Dresser une table à la manière de George Sand ( Pas mon genre de table d'habitude car trop classique mais j'avais envie de relever le défi ) avec une majorité d'objets chinés.

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Des assiettes en porcelaine aux délicats motifs floraux que ma mère avait reçus en cadeau de mariage, aujourd'hui en ma possession ainsi que des couverts en métal argenté dépareillés, chinés. Il est très facile de trouver de jolies assiettes anciennes fleuries à prix modique ( On en trouve souvent chez Emmaüs ) et j'ai souvent découvert des couverts dans des vide-greniers, au fond de cartons, dissimulés sous un amas d'objets improbables et très hétéroclites.

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Du carton kraft récupéré pour faire des marque-places et un petit tour au jardin pour l'indispensable touche végétale.

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Une nappe monogrammée à mes initiales, achetée pour une poignée d'euros un samedi matin pluvieux à la fin d'un marché aux puces ( Le vendeur était pressé de remballer sa marchandise ). Des serviettes monogrammées dénichées chez Emmaüs pour 2 euros les 4. Il est encore assez facile de trouver du beau linge ancien, notamment des draps qui peuvent tout à fait servir de nappe ainsi que des serviettes. Les verres sont en cristal et sont un cadeau reçu il y a fort longtemps mais comme les assiettes ou le linge, on peut en trouver facilement à tout petit prix, surtout si ils sont dépareillés ce qui à mon sens rajoute du charme à la table.

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Pour finir, un bouquet de tulipes jaunes qui, associé à la  jolie coupe ( ou compotier ) en verre bleu moulée qui date du début du 20ème siècle, dénichée il y a bien longtemps dans une petite brocante, rappelle le bleu et l'ocre des verres de George. ( Pour faire de la place, je revends cette coupe. Si quelqu'un est intéressé, me contacter en message privé. )

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Dernier exercice de style : Céder à la gourmandise ( j'avoue, je cède souvent ) et exécuter l'une des recettes de George, les gâteaux pour le thé. Elle m'intrigue car l'aspect des gâteaux est assez original et je n'ai jamais rien vu de tel auparavant.

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Au final, on obtient des petits gâteaux légers et délicats comme des plumes  (  Comparaison hasardeuse pour des gâteaux j'en conviens ) à moins que ce ne soient des petits nuages : une base de pâte très proche de la pâte à choux surmontée de dômes aériens en blanc d'oeuf très légèrement craquants en bouche. Recette validée donc que je risque fort refaire pour ma prochaine après-midi entre copines ( Emilia, Claudine, Annabelle, Nathalie, Christine, Sandrine et Martine, si vous lisez ce billet voici ce que vous goûterez peut-être samedi prochain !

                                                             

Je vous laisse lentement savourer les gâteaux de George et je vous retrouve le plus vite possible ( Mon intention étant toujours de racourcir l'espace entre mes billets  mais j'y arrive rarement ! )

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