Le mois de juin , bien rempli comme à son habitude, a filé à toute allure. Premier jour de vacances et l'occasion de revenir en arrière sur une journée à Paris. Chloé devait y passer un oral d'admission ( oral d'admission à Sciences-Po Paris réussi ) et nous avons donc joint l'utile à l'agréable pour aller découvrir l'expo JARDINS au Grand Palais. L'envie était venue après le très beau reportage que La ligne 13 en avait fait. 

                  Une question posée dès l'entrée de l'exposition : " Le jardin, par nature changeant et impossible, n'est-il pas l'objet par excellence d'une exposition impossible ? " A priori, l'idée d'une exposition sur le thème des jardins ne me choque pas et j'ai même une idée assez précise de ce qu'elle doit contenir. J'aborde donc cette exposition avec une idée assez préconçue et m'attend à vivre une expérience  artistique, sensorielle , intellectuelle, visuelle et pourquoi pas olfactive.  Ce qui est annoncé à l'entrée : " Une promenade où le jardin réel est compris à la fois comme un ensemble botanique et une construction artistique ".

              Une immense fresque en trompe l'oeil - La fresque de la maison du bracelet d'or à Pompei 30-35 ap JC  -accueille le visiteur. Le jardin y est théâtralisé, mis en scène et figé dans un printemps idéal . Il s'agit d'un espace raisonné où la présence humaine est omniprésente.

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                  "Pour faire un jardin  il faut un morceau de terre et l'éternité ".

La terre tout d'abord avec cette étonnante bibliothèque riche de 400 prélèvements de terre effectués le long de la Loire de sa source jusqu'à son estuaire et qui composent un étonnant tableau mi- patchwork, mi- kaléidoscope dans une déclinaison de bruns, ocres, gris.

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   Le ciel , changeant toujours suivant le cycle des saisons et qui inscrit la nature dans l'éternel.

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Et puis les plantes bien entendu sans lesquelles il n'y aurait point de jardin. On découvre tout d'abord de merveilleux herbiers des XVème et XVIème siècles. Première tentative de l'homme de s'approprier la nature en la répertoriant, la classifiant, l'ordonnant, pour mieux en devenir son maître.

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Les aquarelles de fleurs et plantes succèdent aux herbiers, des plus anciennes aux plus modernes.

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Point de jardin non plus sans jardinier. Le jardinier est à son jardin ce que le peintre est à sa toile . Quand d'autres manient le pinceau ou le burin, esquissent, dessinent, peignent, sculptent, il s'arme d'un plantoir ou d'un sécateur, attrape l'arrosoir, sème, repique, bouture, taille. Il crée son oeuvre d'art à l'éphémère splendeur et avec humilité recommencera année après année.

Je dois avouer que j'étais un peu venue à cette exposition pour lui, pour le saluer, le jardinier peint par Emile Claus, peintre Belge, en 1885.

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La toile qui baigne dans la lumière est magnifiquement mise en valeur sur un fond noir et juste devant il y a un joli banc en bois arrondi pour s'asseoir et la contempler. Les visiteurs ne s'y trompent pas. Il est le clou de l'exposition. Peint avec une précision quasi photographique, le vieux jardinier vient offrir toute la délicatesse du monde dans le pot de bégonias qu'il tient dans ses bras et qui contraste avec la rudesse de ses traits.

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 Mais c'est aussi dans cette salle que j' ai trouvé le premier bémol , à mes yeux, de l'exposition. Une belle collection d'arrosoirs  anciens perchée tout près du plafond où il est quasiment impossible de la voir. J'aurais aimé pouvoir les admirer de plus près. Et puis des outils de jardin froidement exposés sur un mur blanc, on n'a pas envie de s'y attarder. Ils auraient mérité, tout comme les arrosoirs un autre traitement, une autre mise en scène. J'ai regretté également ne pas avoir d'autre portrait de jardinier.  Pourquoi ne pas avoir mis dans cette salle" Le jardinier Vallier " de Cézanne que l'on trouve à la sortie de l'exposition ? Cela aurait été plus logique. Le traitement de cette partie du sujet ne m'a pas semblé totalement abouti.

Suite de la visite avec une peinture qui ressemble fortement à une photo puis une enfilade de photos de jardins célèbres majoritairement des jardins anglais ( mes préférés ) et une projection d'un extrait du très beau film de Peter Greenaway " Meurtre dans un jardin anglais ".

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 En face des photos, des plans de jardins. Des figures géométriques, des lignes droites ou courbes qui délimitent des espaces raisonnés, organisés, symétriques où la nature ne pourra pas laisser libre cours à son exhubérance naturelle. C'est le jardin à la française par excellence qui oppose la rigueur de sa construction au savant fouillis du jardin à l'anglaise.

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Des jardins  codifiés où l'on on retrouve généralement les mêmes éléments : la clôture, la grille,  la haie, les chemins, le bassin, la fontaine ou le plan d'eau, folies, gloriettes, statues, la grotte, le labyrinthe et le centre d'où tout part et où tout arrive.

Une très belle évocation de la grotte dans cette exposition avec" La grotte bleue" de Jean-Michel Othoniel, petite merveille de verre. Plongée dans les entrailles de la terre, lieu où tout est diffus, où les bruits sont assourdis, la lumière parvient, lointaine et tremblotante. Lieu mystérieux, ombreux et minéral.

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J'ai également beaucoup aimé la présentation du tableau de Hubert Robert peint au 18ème siècle que l'on découvre au fond d'un trou ce qui renforce l'effet " grotte ".

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Je suis hélas restée sur ma faim quant aux autres composantes du jardin. J'aurais au moins aimé y trouver des statues, un labyrinthe, de l'eau, et sans doute des sons- gazouillis d'oiseaux, murmure de l'eau qui coule, bruissement des feuilles bercées par le vent- ainsi que des senteurs pour parfaire l'expérience.

Dernière partie de la visite, sans doute ma préférée. Une porte ouverte sur le merveilleux jardin d'Edouart Debat-Ponsan peint en 1866 qui me fait inévitablement penser au poème de Paul Verlaine "Après trois ans ".

                     Ayant poussé la porte étroite qui chancelle  Je me suis longuement promené dans le petit jardin Qu'éclairait doucement le soleil du matin Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.   Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle De vigne folle avec les chises de rotin...Le jet d'eau fait toujours son murmure argnetin Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle   Les roses comme avant palpitent : comme avant, Les grands lys orgueilleux se balancent au vent, Chaque alouette qui va et vient m'est connue.   Même j'ai retrouvé debout la Velléda Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue, -Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.

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Les jardins fleuris d'Ernest Quost,

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Les anthemis de Gustave Caillebotte déjà admirés l'an dernier au musée de Giverny, 

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Les soucis de Koloman Moser,

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Et le majestueux Parc de Klimt, réseau de touches jaunes, vertes, bleues, composant un kaléïdoscope multicolore. J'ai surpris une conversation entre deux visiteuses. L'une , qui visiblement n'aimait pas du tout ce tableau, se demandait ce qu'il faisait dans l'exposition et disait qu'il lui faisait penser à de la moutarde écrasée !!!!! Tout le monde ne perçoit pas les choses de la même manière, c'est une évidence !

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J'ai rapporté deux livres de cette visite, un sur Emile Claus pour découvrir un peu plus l'oeuvre de ce peintre, jusque-là inconnu de moi et un petit dictionnaire amoureux des jardins d'Alain Baraton, expert en la matière.

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Puis j'ai retrouvé la chaumière bleue et ses fleurs. Pivoines, lysimaques et les premières roses en juin. Explosion généreuse et colorée des roses trémières en juillet.

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Il est temps de vous laisser en espérant que vous avez aimé me suivre dans cette exposition, sans oublier de vous remercier pour tous les adorables messages et les petits cadeaux que vous m'avez adressés lors de la naissance de mon petit Ferdinand .

 

                                              Profitez bien du soleil et des belles journées d'été et visitez de beaux jardins si vous le pouvez !

                                                                               M A R I E *